Québec, le 27 mai 2026. - Le mercredi 27 mai, une délégation de parents s’est rendue à l’Assemblée nationale pour dénoncer le manque de services et l’exclusion scolaire que subissent de plus en plus d’élèves en situation de handicap ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (HDAA). En vue de la campagne électorale, les parents et des représentantes d’organisation ont demandé des engagements aux différents partis pour que le droit à l’éducation des élèves HDAA soit enfin respecté au Québec.

Sensibiliser les parlementaires
La délégation d’une douzaine de parents cherchait d’abord à sensibiliser les parlementaires à la réalité des familles d’élèves HDAA. Elle voulait donc remettre un recueil comptant 172 témoignages à chacun des cinq partis représentés à l’Assemblée nationale; des témoignages qui, pour plusieurs, montrent les impacts dévastateurs que peuvent entraîner la dégradation continue des services aux élèves HDAA et la hausse des cas de bris de scolarisation.
Parmi les problèmes soulevés par les parents, notons la difficulté d’avoir accès à des services spécialisés, les locaux non adaptés et souvent manquants, le manque de personnel de soutien scolaire, les plans d’intervention imposés aux élèves, souvent inadaptés et non respectés, la collaboration difficile entre intervenant-es des différents réseaux, l’orientation scolaire ne répondant pas aux besoins des élèves, les groupes trop nombreux, l’accès aux services de garde ou de transport adapté, la multiplication des bris de scolarisation et des cas de scolarisation partielle…
À noter que le recueil a été remis en main propre à Suzanne Tremblay (adjointe parlementaire à la ministre de l’éducation, CAQ), à Elisabeth Prass (porte-parole pour les personnes vivant avec un handicap ou avec le spectre de l’autisme, PLQ), à Gabriel Nadeau-Dubois (porte-parole en matière d’éducation, QS) et à Pascal Bérubé (porte-parole en matière d'éducation, PQ). Il a été impossible de remettre le recueil directement à la députée du Parti conservateur, Maïté Blanchette Vézina, mais elle devrait le recevoir prochainement.
(Voir quelques exemples de témoignages en annexe.)
Réclamer des engagements
Au-delà de la sensibilisation, la délégation voulait profiter du contexte préélectoral pour revendiquer un meilleur financement du système d'éducation, particulièrement pour garantir des services aux élèves HDAA. Elle a demandé aux différents partis de faire connaître leurs engagements en ce sens et de réaffirmer qu’au Québec, 100% des enfants devraient avoir droit à une éducation de qualité, sans discrimination.
Les occasions ne manqueront pas au cours des prochains mois pour relancer les partis à ce sujet. Pour le moment, les engagements fermes se font attendre.
À propos
La délégation était organisée par le Collectif pour le droit à la scolarisation et la Fédération québécoise de l’autisme, en collaboration avec l’Association québécoise du syndrome de la Tourette, la Coalition de parents d’enfants à besoins particuliers, le Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ), la section de Québec de la Ligue des droits et libertés et la Société québécoise de la déficience intellectuelle.
CITATIONS
(version complète des interventions en annexe)
Marjorie Vernay, mère de famille, CSS des Premières-Seigneuries
Le 15 mai dernier, tout s’est effondré. Plus aucun accès au service de garde. Plus rien. Après avoir interpellé l’école et le service de garde, après avoir parlé, expliqué ma situation à mon employeur, à ma médecin de famille, j’en suis venue à cette conclusion: nous, les parents d’enfants à besoins particuliers, sommes pris en otage par des règles arbitraires sous couvert d’un manque de ressources. Avant d'être mère, je n’avais aucune connaissance de tout le désarroi vécu par des centaines, des milliers de familles à travers tout le Québec. Nous sommes ici aujourd'hui pour faire entendre notre voix afin que la population soit au courant de ce qui se passe sous ses yeux mais qu’on leur cache délibérément. Nos enfants n’ont pas choisi d'être différents, nous n’avons pas choisi ce combat, nous n’avons seulement pas le choix de nous battre pour que nos enfants aient les mêmes chances que les autres.
Gabrielle Tremblay-Delisle, mère de famille, présidente du conseil d’administration de l’Association québécoise du syndrome de la Tourette
Je suis la mère d'un enfant vivant avec le syndrome de Gilles de la Tourette. Pour ma fille, c’est depuis la maternelle qu’elle vit des épisodes de déscolarisation. L'école à demi-temps, parfois sans transport fourni, sans avoir droit au service de garde, pas d'accès aux activités parascolaires, pas de sortie avec la classe ou l’école. Les plans d’intervention s’accumulent et ma fille est rapidement isolée socialement, accumule du retard d'apprentissage et sans parler des difficultés psychologiques rattachées à l'exclusion scolaire. J’ai dû mettre ma carrière sur pause pendant plusieurs années afin de répondre à tous ses besoins particuliers. Ma situation est l'une parmi tant de familles ayant un enfant vivant avec le syndrome de Gilles de la Tourette. Les familles sont épuisées, contraintes de se battre seules pour obtenir une place à l'école et se retrouvent trop souvent à faire l’agent de liaison entre les différents services pour assurer la coordination entre la santé, l’éducation et les services sociaux.
Celyn Harding-Jones, mère de famille, Riverside School Board
My intelligent 9 year old daughter is autistic, with adhd and dyslexia. This year, she has missed over 100 days of schooling because I had to choose her mental health over her education. I have not worked in years, and we are constantly living in crisis mode, having already accessed any available supports and unsuccessfully applied to specialist schools. Today I am asking for our elected officials to explain to my daughter why she cannot attend school. This is not a failure of the most vulnerable disabled children not able to fit within a system. This is a failure of a system and a series of political parties who refuse to invest in the future. Inclusion is a great moral tenant of our society. But inclusion without adequate support is neglect.”
Patrice Lemieux Breton, père de famille, coordonnateur du Collectif pour le droit à la scolarisation
Le gouvernement ne peut plus regarder la situation se détériorer sans rien faire, au nom du respect de la “capacité de payer des contribuables”. L’inaction a un coût social et financier considérable pour les familles et l’ensemble de la société. Cette année, le ministère de l’Éducation a relevé 4000 cas de bris de scolarisation de deux semaines consécutives ou plus. À cela s’ajoutent plusieurs milliers de cas de scolarisation partielle ou de bris de service de plus courte durée, qui peuvent souvent se répéter pendant des années. Peu importe le cas de figure, les impacts peuvent être dévastateurs pour les enfants mais aussi pour les parents qui, souvent, doivent quitter leur emploi pour s’occuper de leur enfant, vivent de l’isolement, développent des problèmes de santé mentale ou physique, etc.
Lili Plourde, directrice de la Fédération québécoise de l’autisme
Aujourd’hui, nous sommes ici pour rappeler que l’inclusion scolaire ne doit pas être un simple principe inscrit sur papier. Elle doit se traduire concrètement dans les classes, dans les écoles et dans les services offerts quotidiennement aux élèves. Nous sommes ici pour défendre le droit de chaque enfant à recevoir l’aide dont il a besoin. Le droit d’apprendre à son rythme. Le droit d’avoir accès à des professionnels qualifiés, à des outils adaptés et à un environnement qui favorise sa réussite. Notre présence aujourd’hui est un message clair: nous refusons que des élèves soient laissés pour compte. Nous refusons que le manque de ressources devienne une excuse à l’abandon de nos responsabilités collectives.
Bianca Nugent, présidente de la Coalition des parents d’enfants à besoins particuliers du Québec
Les témoignages présentés aujourd’hui confirment ce que les familles vivent depuis des années: la dégradation des services aux élèves ayant besoins particuliers entraîne des impacts dévastateurs et traumatisants sur les enfants et plonge les parents dans un cycle d’isolement, d’épuisement et de renoncements forcés. Nous refusons que l’accès à l’éducation devienne un privilège conditionnel aux ressources disponibles. Chaque enfant a droit à une scolarisation complète, stable et adaptée — et chaque famille a droit au respect, à la transparence et à un système qui assume enfin ses responsabilités.
Amélie Duranleau, directrice générale de la Société québécoise de la déficience intellectuelle
Le droit à l’éducation ne devrait jamais dépendre de la capacité d’un enfant à répondre aux exigences d’un système qui ne tient pas compte de ses besoins, ni de l’épuisement de sa famille. Trop d’élèves ayant une déficience intellectuelle ou d’autres besoins particuliers vivent aujourd’hui de l’exclusion, des interruptions de services et des parcours scolaires fragmentés. Le Québec doit se donner les moyens d’offrir un véritable accès à une éducation inclusive, adaptée et respectueuse des besoins de chaque élève.
ANNEXE
Témoignages complets des 4 intervenantes au point de presse
Celyn Harding-Jones
My daughter, an intelligent and social 9 year old, has NEVER had a year in school where she did not have a "modified schedule". She is autistic, with adhd, dyslexia, dysgraphia and ARFID. She attends an amazing public school, in a regular class where 6 of the 14 students have disabilities or mental health challenges, and yet her teacher does not have a full-time aide. She therefore suffers from debilitating meltdowns due to environmental triggers at school, because she does not have enough support. Inclusion without adequate support is neglect.
Elle ADORE l'école, elle aime ses amis, elle aime apprendre. Elle bénéficie d'un soutien à temps plein de sa mère, et sa famille a mis en place des stratégies pour l'aider à la maison. Nous avons dépensé des milliers de dollars en services privés pour thérapie. Nous avons postulé à d'autres écoles spécialisées, mais nous avons été refusés car ces écoles n'ont pas de place ni le soutien approprié.
Je n’ai pas pu travailler depuis des années parce que je suis constamment appelée à aller la chercher après une crise, ou à m’occuper d’elle lorsqu’elle n’est pas à l’école. Je suis en contact quotidien avec l’école, je fais du bénévolat et je fais partie de comités avec la commission scolaire. La vie de ma famille a été réorganisée afin que nous puissions lui offrir un espace sûr, cohérent et structuré pour qu’elle puisse récupérer après ses journées à l’école. Je minimise les effets que cela a sur notre famille, de peur qu’elle comprenne que son handicap affecte négativement nos vies. Mais nous sommes constamment en mode survie sans aide de notre gouvernement.
Last year, she became suicidal (at 8 years old) because her disability made it impossible to manage in that environment without support. Accommodating her is not complicated: she needs a full-time support person. All other accommodations that we have tested have failed.
This year she received even less support at school due to budget cuts and hiring freezes. In November, we told the school that unless they could provide more than 4 hours of support per week, that we would pull her from school to protect her from becoming suicidal again. I had to choose her mental health over her education.
In January, we went to the media, and her story exposed the fact that over 3,000 students were in the same situation. Within a month, the school got an EA for 15 hours a week. She is slowly getting back to "full-time" schooling. The irony is that when she was doing her education from home, her grades, her mood, her sleep improved, her meltdowns almost entirely disappeared, but she was so unhappy about missing her friends and the experience of school. She wants to be a kid at school, just like everyone else.
Elle a passé plus de 100 jours d'école à la maison cette année scolaire. Au début, elle était en colère et déprimée, tout comme moi. Mais elle m'a rappelé que s'il y a une injustice, elle doit être corrigée. Je suis ici pour lui enseigner qu'elle n'est pas le problème: un système qui laisse derrière lui les plus vulnérables de la société est le problème.
I know there is no perfect school for my child, she is perfectly unique. But I won't stop fighting to prove to her that she and other children deserve a place at the table. Inclusion without adequate support is neglect.
Gabrielle Tremblay-Delisle
Je suis la mère d'un enfant vivant avec le syndrome de Gilles de la Tourette.
Pour ma fille, c’est depuis la maternelle qu’elle vit des épisodes de déscolarisation. L'école à demi-temps, parfois sans transport fourni, sans avoir droit au service de garde, pas d'accès aux activités parascolaires, pas de sortie avec la classe ou l’école. Les plans d’intervention s’accumulent et ma fille est rapidement isolée socialement, accumule du retard d'apprentissage et sans parler des difficultés psychologiques rattachées à l'exclusion scolaire. Clairement, les services ont été épuisés très tôt.
J’ai dû mettre ma carrière sur pause pendant plusieurs années afin de répondre à tous ses besoins particuliers: rencontre après rencontre après rencontre. Nous avons été jugés en tant que parents et en tant que famille. Même avec une prescription du pédopsychiatre sur laquelle il est prescrit: aller à l'école, elle n'a pas été respectée. C’est grave!
Malgré qu'elle fréquente maintenant une école spécialisée, ma fille est souvent retournée à la maison, sans support, sans recevoir une éducation en ligne ou à la maison de façon continue et adaptée à ses besoins. Ce n’est pas normal!
L’éducation, la santé et les services sociaux ne font que se lancer la balle pendant que je dis à ma fille année après année de garder espoir!
Je suis aussi la présidente du conseil d'administration de l'association québécoise du syndrome de la Tourette.
Ma situation est l'une parmi tant de familles ayant un enfant vivant avec le syndrome de Gilles de la Tourette. Les familles sont épuisées, contraintes de se battre seules pour obtenir une place à l'école et se retrouvent trop souvent à faire l’agent de liaison entre les différents services pour assurer la coordination entre la santé, l’éducation et les services sociaux. Le manque à ce niveau est énorme!
Les enfants sont privés d’un droit fondamental, celui d’apprendre, de grandir avec les autres et de construire leur avenir.
Marjorie Vernay
Je suis maman d’un petit garçon de bientôt 7 ans et je vis des bris de scolarisation. Mon fils a été diagnostiqué en février 2025 comme ayant un trouble du spectre de l’autisme. Depuis, de moins en moins de ressources sont mises à notre disposition.
L’école a commencé par nous enlever la possibilité d’inscrire notre fils à l’école lors des journées pédagogiques prétextant un manque de ressources. On a commencé à m’appeler de manière presque intempestive pour que je vienne le chercher le plus rapidement possible car, je cite : “Ça ne marche pas aujourd'hui”.
Ensuite est venue la demande de venir le chercher le plus vite possible le soir après l’école, prétextant là encore un manque de ressources et la fatigue intense accumulée au fil de la journée. Puis, un jeudi, après être allée le chercher à la fin de sa journée d’école, on m'annonçait son possible retrait de l’école tous les après-midis, ce qui fut un choc majeur et totalement inattendu.
Quelques jours plus tard, on me convoque à l’école pour cette fois ci m’annoncer que mon fils n’aurait dorénavant plus accès au service de garde sur l’heure du midi et que je devais maintenant venir le porter le plus tard possible à l’école le matin.
Mon horaire sera donc pour une période de temps indéterminée: aller le porter pour 7h45, revenir le chercher pour 11h20, le ramener pour 12h55 minimum et terminer par aller le chercher pour 15h20.
Je vous rappelle que même avec ces mesures préventives, les appels pour venir le chercher continuaient de manière sporadique. Je suis donc tombée en arrêt de travail depuis le mois de novembre 2025. Comment voulez-vous conserver un emploi ou même votre santé mentale avec tout ceci?
Et puis, vers le mois de mars 2026, j’ai enfin vu une lumière au bout du tunnel, mon fils serait maintenant accepté le midi au service de garde les lundi, mardi et mercredi. Une lueur d’espoir était enfin à ma portée. Je commençais à penser à pouvoir retravailler!
Et puis, le 15 mai dernier, tout s’est effondré. Plus aucun accès au service de garde. Plus rien. Maintenant, l’horaire du matin est encore plus précis car l’école ne l’accepte pas avant 7h57. Pour le reste des horaires du midi et du soir, ils redeviennent comme avant, il n’y a plus accès.
Après avoir interpellé l’école et le service de garde, après avoir contacté le CRDI et l’OPHQ,, après avoir parlé, expliqué ma situation à mon employeur, à ma médecin de famille, j’en suis venue à cette conclusion: nous, les parents d’enfants à besoins particuliers, sommes pris en otage par des règles arbitraires sous couvert d’un manque de ressources.
Les ressources sont pourtant bel et bien là! Ce sont les fonds qui doivent être débloqués pour que les écoles puissent engager et qu'enfin nous puissions respirer.
Avant d'être mère, je n’avais aucune connaissance de tout le désarroi vécu par des centaines, des milliers de familles à travers tout le Québec. Nous sommes ici aujourd'hui pour faire entendre notre voix afin que la population soit au courant de ce qui se passe sous ses yeux mais qu’on leur cache délibérément.
Nos enfants n’ont pas choisi d'être différents, nous n’avons pas choisi ce combat, nous n’avons seulement pas le choix de nous battre pour que nos enfants aient les mêmes chances que les autres.
Lili Plourde
Si nous sommes tous et toutes réunis ici aujourd’hui, c’est pour faire entendre une réalité qui ne peut plus être ignorée : le manque criant de services offerts aux élèves HDAA, ces élèves ayant des besoins de soutien particulier.
Derrière chaque statistique, derrière chaque dossier, il y a un enfant. Un élève qui mérite d’apprendre, de réussir, de se sentir compris, accompagné et respecté dans son parcours scolaire. Pourtant, trop souvent, ces élèves se retrouvent confrontés à des obstacles qui ne devraient pas exister.
Le manque de services adaptés, combiné au manque de ressources humaines, au manque de temps, de formation et de soutien spécialisé, entraîne des conséquences graves. Nous assistons à des bris de services répétés, à l’épuisement du personnel, à l’inquiétude des familles, mais surtout, à l’échec scolaire de nombreux jeunes qui auraient pourtant tout le potentiel pour réussir.
Aujourd’hui, nous sommes ici pour rappeler que l’inclusion scolaire ne doit pas être un simple principe inscrit sur papier. Elle doit se traduire concrètement dans les classes, dans les écoles et dans les services offerts quotidiennement aux élèves.
Nous sommes ici pour défendre le droit de chaque enfant à recevoir l’aide dont il a besoin. Le droit d’apprendre à son rythme. Le droit d’avoir accès à des professionnels qualifiés, à des outils adaptés et à un environnement qui favorise sa réussite.
Notre présence aujourd’hui est un message clair : nous refusons que des élèves soient laissés pour compte. Nous refusons que le manque de ressources devienne une excuse à l’abandon de nos responsabilités collectives.
Ensemble, faisons entendre nos voix avec respect, solidarité et détermination. Parce que soutenir les élèves HDAA, ce n’est pas un privilège. C’est une obligation. Et surtout, c’est une question de justice, d’égalité et de dignité.
Merci de votre présence et de votre engagement.
